En attendant (le bus)… G !

Publié le 2 Octobre 2008

Hé, Winnie… non moi c'est Alfafa ! Dis qu'est-ce tu as donc dans ton sac… (toujours cette même question, ah les mecs ne  pigent jamais !) il pèse sacrément lourd ! Comme si… c'est un sac de filles, y a tout ce qui faut c'est tout, juste l'essentiel ! Sortir sans… se serait sortir nue… ah, non je n'y pense même pas. Quand cela arrive il me manque quelquechose (de moi).
Mais ce n'est pas à moi qu'il s'adresse…

Winnie et Willie sont là
, je les connais depuis si longtemps… petit couple de vieux, un peu passés (à l'ancienne)… je les écoute et les regarde du coin de l'œil sans rien dire. Le bus n'arrive pas encore…


Winnie… et son sac : (Elle lève la tête. Expression perplexe. Elle se tourne vers le sac, farfouille dedans.) Le peigne est là. (Elle revient de face. Expression perplexe. Elle se tourne vers le sac, farfouille). La brosse est là. (Elle revient de face. Expression perplexe.) J'ai pû les rentrer, après m'en être servie, non, je les laisse traîner là, çà et là, et les rentre toutes ensemble, en fin de journée. (Sourire.) Le vieux style !**

Et pourtant pas tant que cela… cet extrait est issu de Oh, les beaux jours ! de Samuel Beckett. Il nous connaissait si bien (normal il aimait les femmes)… quel homme peut ainsi décrire notre attachement à cette extension féminine. Qui peut ainsi perçer nos manies, nos habitudes… Sam bien sûr !
Alors forcément lorsque l'on entend parler de Samuel Beckett, on parle de pièces sombres, d'un style mordant et difficile à comprendre… que nenni… je m'offusque !
Je le pensais avant… de le lire (en 1989) l'année même de sa mort, qu'ai-je perdu comme temps !). J'ai recherché l'un de ses ouvrages et le seul que j'ai trouvé à la bibliothéque était Tout ceux qui tombent ! (une pure merveille… celui qui m'a fait tomber en amour comme ils disent au Canada). De l'humour (certes un peu noir ou grinçant mais si réaliste) si précis dans ses portraits sur l'hypocrisie, sur nos défauts qu'on ne peut qu'en rire.

Beckett c'est la précision des mots (ils sont choisis, pesés, assemblés avec une infinie patience) chaque tournure est ciselée… et plus son œuvre évoluait, plus il affinait, plus il épurait (comme Alberto Giacometti) la silhouette de ses phrases… parler avec le moins de mots possibles… le geste alors soutient, accompagne la parole-murmure.

Où en étais-je dans mon discours ? (Mr Rooney)
A l'arrêt. (Mrs Rooney)*



Je pourrais vous parler de lui, de l'émotion ressentie à la lecture de ses ouvrages… mon seul regret sera toujours de l'avoir "rencontré" trop tard pour avoir vu une de ses pièces mis en scène par lui-même.
J'ai même choisi le thême de "L'espace intérieur" à mon sujet de diplôme présentant des scénographies photographiées de Quad entre autre.


Si je devais ne garder qu'un livre ce serait un Samuel Beckett
(le premier que j'ai lu de lui). Commencez par Tous ceux qui tombent, puis Oh, les beaux jours ! S'il vous plait, laissez la magie opérer ! Il n'a pas vieillit (oh le vieux style ;-)


Il en reste quelque chose ? (Un temps.) Quelques restes ?(Un temps.) Je n'ai pû refaire ma beauté, tu sais. (Il baisse la tête.) Toi, tu est encore reconnaissable en un sens.**

Winnie… Oh le beau jour encore que cela aura été. (Un temps.) Encore un.**

Mon bus part… ils sont toujours à l'arrêt.
Au revoir Willie, au revoir Winnie… à bientôt Sam !

*extraît de Tous ceux qui tombent ! (Editions de Minuit, comme pratiquement tous les Beckett).
** extraît de Oh, les beaux jours ! (Editions de Minuit)
(photo : Courtoisie, pour Samuel Beckett ; photo stock Getty Images, rouge Guerlain)

Rédigé par Alfafa

Publié dans #Closeup : portraits d'artistes

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